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A Montpellier, retour sur l’histoire hors du commun de la résistante Simone Demangel



Simone Demangel était animée par un refus viscéral de l’injustice et de l’occupation. Lors de la seconde guerre mondiale, elle est l’une des nombreuses femmes résistantes, longtemps restées dans l’ombre, qui ont risqué leur vie pour la liberté.

Nom de guerre : Pauline

Mon nom de guerre, c’était Pauline.” Sur une bande enregistrée il y a une trentaine d’années et conservée aux archives départementales de l’Hérault, la voix de Simone Demangel.
 

On ne connaissait pas grand monde dans la résistance, vous savez. En cas d’arrestation, on risquait de flancher sous la torture, alors moins on connaissait de monde, mieux c’était.

Pendant la seconde guerre mondiale, la Montpelliéraine Simone Demangel est entrée en résistance contre le gouvernement de Vichy, puis contre l’invasion allemande de la zone sud.
 

Une vie secrète

Lorsque la guerre éclate, Robert Demangel, est directeur de l’Ecole française d’Athènes. Simone, son épouse, élève seule ses trois filles à Montpellier. Elle est infirmière et étudiante ; elle suit des cours de médecine à la faculté. Jusqu’à ce qu’elle s’engage dans la résistance et prenne le maquis.

Ces souvenirs sont toujours ancrés dans la mémoire de sa fille Marie-Claire, qui a 90 ans aujourd’hui. Ils sont conservés dans toutes les pièces du château d’Assas, dans l’Hérault où la famille vit depuis 3 générations. Les descendants de la résistante gardent précieusement – sous verre – sa légion d’honneur, sa croix de guerre et sa médaille de la résistance.

A l’occasion de notre venue, Marie-Claire éparpille délicatement des photos sur la grande table du salon.
 

Cela m’émeut de remuer tout ça.
 

Voici le reportage complet de Caroline Agullo, Cédric Métairon, Sauveur Vanni et Laurence Chraibi. Ils sont allés à la rencontre de la famille de Simone Demangel.

Un destin extraordinaire

En 1940, Marie-Claire était adolescente. Elle vivait à Montpellier avec ses deux sœurs et leur mère déjà très active au sein de la résistance.
L’immense majorité de la population est alors sympathisante du régime de Vichy. A la maison, les jeunes filles évoluent dans une toute autre atmosphère.
 

Il y avait des vas et viens à la maison, quand quelqu’un sonnait et demandait “Pauline”, on savait qu’ils étaient envoyés clandestinement.

 
Dans le plus grand secret, leur mère cache des réfugiés anti-nazis dont beaucoup de familles juives ainsi que des réfugiés voulant échapper au travail obligatoire en Allemagne.

Avec la complicité d’un fonctionnaire, elle fabrique de faux papiers pour les faire passer en Espagne.

Sur la bande sonore, Simone-Thérèse Demangel raconte :”On avait dérobé des tampons officiels à la mairie de Montpellier. On déclarait les lieux de naissance dans des villes ou villages dont les archives municipales avaient été détruites. Ainsi, personne ne pouvait vérifier“.
 
Marie-Claire Demangel nous mène au premier étage du château. Elle ouvre l’un des tiroirs de son lit d’enfant qu’elle a conservé dans l’une des chambres. “C’est ici que les tampons étaient dissimulés. Ma mère pensait que la gestapo ne songerait jamais à fouiller dans un lit de petite fille.” nous dit -elle en souriant.

Rafles et déportations 

 
Dès novembre 1942,  les allemands multiplient les rafles en zone sud. Les juifs, les tsiganes et les prisonniers politiques sont enfermés dans des camps “d’internements” de la région, notamment à Rivesaltes et Argelès.
Les prisonniers sont ensuite déportés à Drancy, centre de transit de la déportation des Juifs de France.

La nuit, lorsque les trains font halte en gare de Montpellier, Simone Demangel et d’autres résistants de la ville distribuent des vivres de nuit, “à la volée“, aux prisonniers entassés dans les fourgons à bestiaux.

“Pauline” est démasquée 

 
Fin 1943, Simone-Thérèse Demangel est démasquée. La gestapo la recherche activement. Alertée par l’une de ses amies, elle envoie aussitôt ses filles chez leurs grands-parents à Paris et rejoint un maquis dans le secteur de Lodève, le maquis “Léon“, un petit réseau très actif.

“J’ai appris que les allemands me recherchaient, j’ai vite mis mes enfants à l’abri et je suis partie à Lodève jusqu’à la libération” raconte “Pauline” sur la bande sonore.

 
L’historien et écrivain François Berriot s’est intéressé à la vie de Simone Demangel, alias “Pauline“. Agente de liaison entre Montpellier et Clermont-l’Hérault, elle jouait un rôle de “facteur”, transportait des instructions des chefs de réseaux en les cachant dans le guidon de sa bicyclette.
En cas d’arrestation, c’est la déportation assurée.

Combien de familles sauvées ?

        
On ignore combien de familles son action dans la résistance a permis de sauver.
 
Tom Natan a remonté l’histoire et retrouvé la trace de la résistante. Grâce à “Pauline”, son père et ses grands-parents – des juifs autrichiens réfugiés à l’époque près de Clermont-l’Hérault – ont échappé à la déportation et à une mort certaine.
La résistante a sauvé toute la famille en leur fournissant de faux papiers puis en les aidant à fuir de l’autre côté de l’Atlantique.

Lui, est né aux Etats-Unis bien après la guerre. :

C’est incroyable de penser qu’une seule personne peut autant changer le cours des choses. On nous a toujours dit qu’une seule personne pouvait changer le monde mais combien de fois on le vérifie vraiment?

Si votre maman n’avait pas été là, je n’existerais pas” explique Tom à Marie-Claire à qui il est venu rendre visite.
 

Figure de Montpellier

 
A la libération, Simone-Thérèse Demangel est devenue l’une des toutes premières femmes à entrer au Conseil municipal de Montpellier, au côté notamment de Laure Moulin, la soeur de Jean Moulin.

Elle milita pour l’instauration du vote des femmes et créa l’association “Le Nid” à Montpellier, qui recueille, aujourd’hui encore, les prostituées.

Elle s’est également investie auprès des plus démunis en faisant venir l’Abbé Pierre dans l’Hérault pour créer “Les Compagnons d’Emmaüs“. 

Passionnée de musique, Simone Demangel est devenue la protectrice du claveciniste américain Scott Ross. L’artiste a enregistré plusieurs de ses albums au sein du château d’Assas, sur les hauteurs de Montpellier.

Une vie extraordinaire, avant son décès, survenu le 8 mars 1995, lors de la journée mondiale de la femme. Tout un symbole. Aujourd’hui, une maison de retraite montpelliéraine porte son nom : Simone Demangel.
 



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