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A Montpellier, un jeune mineur migrant fait 4 mois de prison pour rien



Abdourahamane Camara est un jeune Guinéen, orphelin de père et mère,  A l’âge de 15 ans il quitte son pays à la recherche d’une vie meilleure. Après un voyage difficile, il arrive en Aveyron en novembre 2017.

Suite à une évaluation positive de sa minorité et de son isolement, il  bénéficie d’une Ordonnance de Placement Provisoire (OPP) qui le confie au service de l’Aide Social à l’Enfance de l’Aveyron. Dans le cadre des dispositifs de réparation des mineurs, le Juge des Enfants décide de placer Abdourahamane dans le département de l’Hérault où il est pris en charge par l’ASE de ce département. Il est un mineur non accompagné.

Interpellé comme un délinquant

Mis à l’abri, il attend plusieurs mois avant d’être scolarisé, tout en travaillant dans le cadre de stages.
Enfin en septembre 2018, il intégre le lycée Léonard de Vinci à Montpellier, en première année de CAP maçonnerie. En septembre dernier, il avait été comvoqué par le tribunal de grande instance pour une interdiction de territoire.

 

Ils m’ont pris, ils m’ont mis les menottes, ils m’ont emmené à l’Hotel de Police puis le tribunal m’a jugé puis on m’a envoyé à la prison à Villeneuve les Maguelones Abdourahamane Camara 17 ans.

Mais, en novembre de cette même année, alors qu’il se prépare à aller en cours, la Police Aux Frontières l’interpelle au petit matin, dans sa chambre. Conduit en garde à vue au commissariat, il est présenté à un Juge en comparution immédiate qui fait le transférer en prison, préventivement.
 

C’est la prison pour adulte qui est servi pour ces jeunes, la prison avant le jugement même, de la préventive, ont fait ça pour des brigands, des gens dangereux qu’on enferme, Anne sa Marraine.

Accusé d’avoir menti sur son âge, Abdourahamane qui n’a aucun papier permettant de justifier son identitée est complétement démuni. Il n’a aucun contact avec ses éducateurs, aucune visite de son avocate commis d’office. 

Libéré après 4 mois de prison

Après plusieurs reports l’audience, il est condamné à 4 mois de prison.
En février 2019 il est libéré et transféré au Centre de Rétention Administrative (CRA) de Sète.
 

Un mois plus tard, le jeune homme traumatisé parce qui lui est arrivé est libéré grâce à la mobilisation de tout le réseau RESF (Réseau Education Sans Frontières) et des enseignants de son lycée. Peu de temps après avoir retrouvé la liberté,  il reprend sa scolarité et finit sa première année de CAP. Abdourahamane obtient un stage chez un employeur auquel il donne toutes satisfactions.
 

On a des éléments sur la scolarité qui ont été obtenus et qui démontre la minorité de ce jeune qui doit être reprise dans le cadre de la protection des mineurs en France et ce quelque soit leurs origines et leurs couleurs, Me Sophie Bomel

Mais le combat n’est pas terminé. Pendant les vacances, cet été, Abdourahamane doit récupérer les différents documents nécessaires pour prouver son âge et sa bonne foi. Et comme on le sait, dans de nombreux pays d’Afrique les états civils sont quasi inexistants ce qui rend les recherches extrêmements difficiles. Les tests osseux effectués en France sont décriés et ne permettent pas d’établir avec certitude l’âge des personnes qui arrivent en France.
 

Une expertise osseuse et dentaire ne tiend pas. Dans les conclusions qui sont données il y a toujours un aléa de plus 2 ans, moins 2 ans, Sophie Bomel Avocate d’Abdourahamane CAMARA

Abdourahamane qui n’en a pas fini avec la justice ne se décourage pas, bien épaulé par son comité de soutien et sa marraine. Sa peine de prison est assortie d’une interdiction de territoire français (ITF).

Abdouhramane est libre

Son avocate Sophie Bomel qui fait appel du jugement est convoquée avec son client le12 septembre dernier. Abdourahamane repasse devant le Juge. Un peu moins d’un mois plus tard la cours d’appel de Montpellier annule le jugement prononcé par le tribunal correctionnel. Mieux elle se déclare incompétente invoquant même son incapacité à juger un mineur. Une reconnaissance de fait de la minorité du jeune guinéen qui peut enfin retourner à ses études et respirer l’air sans crainte d’être expulsé. En revanche cela n’enlèvera pas les 4 mois de prison effectués pour rien.
Abdouharamane 17 ans a non seulement quitté son pays, la Guinée, aux périls de sa vie mais il a de plus subit ce qu’aucun parents ne souhaiterait pour ses enfants. La prison et l’humiliation.
 



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