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Dans l’Hérault l’école est finie et après…


Cette année restera gravée dans nos mémoires. Une année scolaire inédite pour les élèves et l’ensemble des personnels de l’Education nationale. La crise sanitaire, toujours en cours, aura stoppé net la première entreprise de France. Les vacances vont faire du bien, mais seront-elles suffisantes?


L’école est finie et pourtant c’est le coeur lourd et serré que certains enseignants vont fermer la porte de leur classe. Ils viennent de traverser une période unique, qui n’est peut être pas terminée. Il leur a fallu faire preuve d’une grande adaptabilité. 800 000 enseignants et des millions d’élèves contraints de quitter ces lieux du savoir et de l’apprentissage. Alors que l’année s’achève et que se profile une rentrée encore incertaine, les enseignants et les personnels de l’Education Nationale parlent de ce qu’ils ont vécu et de ce qui les attend. Dans les cours des écoles, alors que l’on range les derniers jouets qui trainent encore, les questions sont nombreuses.


Du personnel épuisé et inquiet

Dans cette petite école de village, c’est l’heure de la pause. La directrice n’a que peu de temps à m’accorder. Les ATSEM (Agent Territorial Spécialisé des Ecoles Maternelles) ont tiré du sac leur déjeuner. C’est le moment d’échanger un peu sur la période écoulée.  

 

C’était épuisant. Il fallait laver sans cesse. Laver les jouets, les mains. Rappeler en permanence les consignes. Avec les tout-petits vous ne pouvez pas imaginez. Se dire qu’à la rentrée, on aura des classes de 30, déjà qu’à 27 c’est compliqué, je ne sais pas comment on va faire si ça doit continuer.

Charlotte, Atsem

 

On n’a plus le temps de prendre du temps avec les enfants. On court tout le temps. Le Covid ne nous a pas facilité la tâche, d’autant que nous avions des consignes qui changeaient tout le temps.

Colette, ATSEM

 

Ordre et contre ordre

C’est l’heure des jeux de fin d’année. Dans la chaleur étouffante de cet après-midi orageux, les enfants jouent calmement. Ca sent la fin d’année. Pour ce cours moyen, ces derniers instants de classe resteront peut être gravés dans leur mémoire. Une année pas tout à fait comme les autres. L’institutrice qui est aussi la directrice de l’établissement s’écarte un peu pour que l’on puisse parler. 

On a d’abord accueilli des enfants de soignants. Sans gel, sans masques. Puis ensuite est venu le temps du déconfinement. Ordre contre ordre. Entre le rectorat, le préfet, on avait pas les mêmes informations. Un jour, l’inspection d’académie vient me voir et me dit que mon protocole est bon. En fin d’après-midi, il faut tout arrêter ; dans la nuit, ils avaient eu d’autres informations. En fait, pour gérer les 4m2 exigés, il fallait 1 mètre latéral obligatoire. Dans la nuit, ce mètre latéral obligatoire est devenu “quand c’est possible”. On s’arrachait les cheveux. 

Christine, institutrice Cours moyen

Dans les propos de l’enseignante, on sent bien que l’année a été épuisante. Ces professionnels ont, dans leur très grande majorité, su s’adapter à une situation mouvante et dans un contexte anxiogène. Pris entre le marteau et l’enclume. Car s’il fallait composer avec des ordres parfois confus de la hiérarchie, il fallait chaque jour affronter des parents de plus en plus insistants pour ne pas dire plus 

J’ai eu une de mes collègues qui a été molestée parce qu’elle avait dit qu’elle ne pouvait pas prendre tout le monde, et que c’était par groupe. C’est peut-être un cas rare, mais c’est arrivé. Les parents ne comprenaient pas pourquoi on ne pouvait pas prendre leur enfant. Ils avaient entendu le Président et le Ministre de l’Education Nationale annoncer la reprise, et pour eux c’était reparti comme avant.  

Christine, institutrice cours moyen

Une année inédite


Des effectifs surchargés à la rentrée

Je quitte l’école de Christine. Direction un autre village distant de quelques kilomètres. Alors que les cigales chantent joyeusement pendant le trajet, je retrouve Françoise, directrice, elle aussi, d’une petite école maternelle. Elle n’est pas encore en vacances. “Demain soir. Ca va faire du bien”.

Les enfants sont partis à la cantine. L’école est calme. La directrice me reçoit dans la grande pièce qui sert très certainement de hall d’accueil. Des dessins au murs et des cartables pour quelques heures encore accrochés aux porte-manteaux. J’imagine l’espace quand les parents déposent leurs enfants entre les pleurs et les rires. Françoise me montre les classes, 4, pas très grandes.  On s’assied pour discuter. Les chaises et les tables sont basses. J’avais oublié. 

Cette année, j’avais entre 25 et 27 élèves mais le collègue qui avait petits et grands en avait 28. Ca commence à faire. On est loin des 24 élèves par classe recommandés par le Ministre. En plus, ça concerne les zones d’éducation prioritaires, et comme nous n’en faisons pas partie ! 

Françoise, Directrice d’école élémentaire

En 2022, le ministre de l’Education nationale préconise 24 enfants par classe en Grande Section, CP et CE1. L’idée, c’est de dédoubler les classes prioritaires pour “donner plus à ceux qui ont moins”. Donc forcément ça coince ailleurs. 

L’administration estime que l’on peut accueillir plus d’élèves par classe dans des endroits privilégiés. C’est un argument qui n’est pas convaincant. Deux élèves de plus, ça se sent. Ici, il y a aussi des enfants à problèmes et des familles qui ont du mal à boucler les fins de mois. Toutes les familles n’ont pas les moyens de payer des activités. La sociologie des villages autour de Montpellier a changé, je peux en attester depuis le temps que je suis ici.

Françoise, directrice d’école élémentaire

Les parents d’élèves de plusieurs écoles ont alerté le DASEN (Directeur Académique des Services de l’Education Nationale) sur une situation explosive dans l’Hérault. A la rentrée, certaines classes auront jusqu’a 34 élèves par classe. Ce membre du bureau de la FCPE d’une école du nord de Montpellier redoute cette éventualité.

Dans notre école, nous avons 450 élèves, et chaque été, tous les ans, nous avons de nouvelles inscriptions. C’est comme ça. On le sait. En plus, nous avons des élèves en situation de handicap qui sont inclus dans ces classes (ULIS). Si on n’ouvre pas une classe, il y aura 34 élèves par classe. C’est beaucoup trop et pour les élèves en difficulté et pour les enseignants qui ne pourront pas faire leur travail

Séverine, membre du bureau FCPE

Pour cet autre parent d’élève, cette rentrée s’annonce aussi complexe. Elle le sait d’autant plus qu’elle exerce le métier d’ortophoniste. Elle demande, avec les autres parents, une classe supplémentaire dans l’école. Sinon à la rentrée, ils seront 30 par classe.

Je me suis rendu compte pendant le confinement que les enfants ont été marqués. Les programmes n’ont quasiment plus avancé depuis le mois de mai. Cela signifie qu’à la rentrée, les enfants qui auront décroché auront plus de difficulté. 

Jennifer, parent d’élève

Un sentiment de solitude et d’isolement

L’angoisse, c’est de faire une rentrée avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. En cas de nouveau confinement, l’idée de restreindre encore l’accès à l’école, de changer de protocole inquiète à la fois les parents et les personnels de l’Education nationale.

Pendant le Covid, des parents ont vu la différence entre des classes surchargées et des classes en demi-groupes. Leurs enfants ont fait plus de progrès. Cette crise sanitaire les a confortés dans l’idée que les effectifs étaient une question majeure.

L’horloge tourne. Je dois abandonner Françoise qui n’a qu’une heure et demie pour déjeuner.

Vous savez quand on doit faire cours à des CP, s’occuper d’une l’école comme la nôtre avec 92 enfants, les ATSEM qui sont pendant le temps scolaire sous notre responsabilité,  les parents qui pendant cette période étaient inquiets, on fini sur les rotules.  J’ai droit logiquement à 16 jours de décharge par an pour faire l’administratif . Ca correspond à une demi-journée par semaine. C’est peu, mais ça me permet de faire tout le travail administratif. Cette année, je n’ai eu le droit pendant le confinement qu’à 3 ou 4 heures de Rased (Réseau d’Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté). Ca m’a fait du bien mais ce n’est pas suffisant. J’ai du retard sur les dossiers. Je dois les terminer à la maison. Même mon mari me dit que ce n’est pas normal de travailler le dimanche.

Françoise, directrice école élémentaire

Aujourd’hui, pas de parents à la grille, juste le soleil qui tape fort. Cette année a été particulière, surtout sur le plan émotionnel. Pour cette enseignante, ne plus voir ses élèves à qui elle consacre son temps sans compter, a été un déchirement. Demain, Françoise fermera la porte de sa classe avant de partir en vacances.

Enfin pas tout de suite. Il faudra ranger, préparer et attendre la circulaire de rentrée de l’Education nationale qui n’est toujours pas arrivée. D’habitude, elle arrive en mai. Mais cette année; c’est le flou le plus total. Un flou qui n’aide pas à partir sereinement. Avant de partir, la directrice au regard clair et au sourire encore pétillant veut encore me dire quelque chose.

 

J’ai toujours voulu faire ce métier depuis que j’ai quitté le CE2. C’était une passion, une vocation, mais aujourd’hui, je me demande si je pourrais aller au bout.

Françoise, directrice d’école élémentaire et maman

 



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